Les matériaux recyclés, une ressource finie

L’industrie textile est la deuxième industrie la plus polluante du monde, juste après celle du pétrole. En une année, l’industrie textile émet 1,2 milliards de tonnes de CO2 dans l’atmosphère, soit plus que le transport aérien et maritime combiné. L’une des causes principales de cette pollution est la production de fibres synthétiques et naturelles. En une année, ce sont près de 100 millions de tonnes de ressources non-renouvelables, à commencer par l’eau et le pétrole, qui sont nécessaires à la production de ces fibres. 

Au cours des 30 prochaines années, les ventes de vêtements dans le monde vont tripler. Les émissions carbones de l’industrie du textile représenteront, à elles seules, un quart des émissions maximum que l’on doit atteindre si on veut réussir à limiter le réchauffement climatique à 2 degrés (objectif fixé lors des Accords de Paris).

C’est une évidence, on ne peut pas continuer comme ça. 

Si la priorité reste de ralentir la consommation mondiale, l’un des principaux chantiers de l’industrie du textile consiste à devenir circulaire.

Chez BALT, nous utilisons du polyester recyclé et du coton recyclé pour fabriquer nos baskets. Ce n’est pas un hasard, ce sont deux matériaux omniprésents dans l’industrie du textile. Le polyester représente à lui seul 55% de la production de fibres textiles quand le coton en représente, lui, 27%. Et ce n’est pas un hasard non plus. Le polyester a l’avantage d’être résistant et souple quand le coton est reconnu comme étant doux, résistant, absorbant et hypo-allergénique. Seulement leur processus de fabrication pose problème. Le polyester est une fibre synthétique dont la fabrication nécessite peu d’eau mais énormément d’énergies et de ressources non-renouvelables comme le pétrole. Le coton, au contraire, est une fibre naturelle qui demande énormément d’eau (environ 4300 litres pour produire 1kg de fibres de coton, tout de même).

En utilisant des matériaux recyclés, non évitons tout simplement de consommer des ressources non-renouvelables inutilement. 

Il serait assez intuitif de se dire qu’un matériau recyclé est moins cher qu’un matériau neuf. Malheureusement, ce n’est pas tout à fait vrai pour une raison notamment : l’offre et la demande. Ces dernières années, de nombreuses réglementations ont vu le jour obligeant les industriels à utiliser davantage de matériaux recyclés dans leurs produits. C’est le cas, par exemple, pour les bouteilles en plastiques, qui devront comprendre au minimum 25% de plastique (PET) recyclé d’ici 2025. Le souci, c’est que notre filière de collecte & recyclage n’est pas suffisamment performante et que nous ne produisons pas assez de PET recyclé pour absorber cette demande . Résultat, le PET recyclé (nécessaire à la production de polyester) est devenu plus cher que le PET classique pour la première fois en 2019. Et la vente de matériaux recyclés qui n’en sont pas augmente.

Nous manquons donc de matériaux recyclés. Quand on sait que moins d’1% des matériaux utilisés pour produire nos vêtements sont recyclés dans de nouveaux vêtements et que, toutes utilisations confondues, seul 13% des matériaux utiles à la production textile sont recyclés tout court, c’est difficile à accepter. Cela nous impose surtout de considérer l’usage de matières recyclées et le recyclage en fin de vie de nos produits comme les deux faces d’une même pièce. 

Quand on a imaginé le projet BALT, nous ne pensions pas réellement au recyclage. Nous étions contents de proposer une basket produite à partir de matériaux recyclés et nous nous disions que nous développerions l’aspect recyclage dans un second temps, une fois établi. Il faut avouer que c’est drôlement plus compliqué. Au-delà de la complexité logistique, il existe pour le moment de véritables freins techniques au recyclage. Par exemple, si l’on recycle de mieux en mieux les vêtements produits à partir de matières uniques (100% coton, 100% lin, 100% polyester, etc…), les vêtements fabriqués à partir de mélanges de matières peuvent poser problème. Plus il y a de matières mélangées, plus c’est compliqué. On vous laisse donc imaginer la complexité de recycler une basket composée d’une dizaine de matériaux, tous différents, et en partie déjà recyclés... Seulement il se trouve que notre fournisseur de semelles possède justement sa propre usine de recyclage. En discutant avec eux, on s’est rendu compte qu’ils avaient développé une technique brevetée permettant de recycler, non seulement des semelles, mais aussi des chaussures entières, pour les réduire à l’état de poudre. Cette poudre est ensuite chauffée puis mélangée à du caoutchouc recyclé et du caoutchouc naturel pour fabriquer des semelles neuves.  Pionnier dans leur domaine, ils viennent donc de nous apporter sur un plateau la solution pour que tous les éléments de nos baskets puissent être recyclés et réutilisés dans la fabrication de nos semelles.  La boucle est bouclée.  Et nous, nous n’avons qu’à organiser la collecte des baskets et trouver un moyen d’utiliser des œillets qui ne sont pas en métal (et donc non recyclables).

Transformer une industrie aussi polluante que celle du textile en un secteur vertueux n’est pas une mince affaire. Cela dit, nous n’avons pas le choix, alors autant s’activer. En tant que marque, nous avons la chance de faire le lien entre des consommateurs toujours plus exigeants et des fournisseurs qui ne cessent d’innover afin de proposer des produits et des techniques toujours plus responsables. 

C’est à nous d’encourager ce changement et surtout, d’expliquer ce que nous faisons, pourquoi nous le faisons, ce que nous pouvons faire de mieux et les limites que nous rencontrons.